Automne 2001
La Fondation YC de l’Institut de France a présenté les Lauréats de son Programme 2001
Le 9 octobre 2001, à l’Institut de France, sous la présidence de Monsieur Pierre Messmer, Chancelier de l’Institut et en présence de nombreuses personnalités scientifiques, la Fondation Y. C. pour la Recherche en Pathologie Rachidienne a présenté les lauréats de son programme 2001.
9 octobre 2001 - Allocution du Docteur Cotrel
Mesdames, Messieurs,
Pendant sa deuxième année d’existence la Fondation pour la recherche en pathologie rachidienne de l’Institut de France a vu ses activités se développer à la fois sur le plan scientifique et sur le plan relationnel. La Fondation a fixé en 1999 comme thème d’étude pour ses 3 premières années d’activité « l’étiopathologie de la scoliose idiopathique ».
Pourquoi ?
Je veux tout d’abord rappeler en quelques mots et préciser, à l’intention de ceux qui nous rejoignent pour la première fois, ce qu’est la scoliose idiopathique et quels sont aujourd’hui
- son diagnostic,
- son évolution,
- et son traitement.
Définition
On appelle scoliose toute déformation latérale de la colonne vertébrale.
Ce n’est pas une maladie, c’est un symptôme.
Il peut avoir des causes nombreuses.
Dans 30% des cas, il apparaît dans le cadre d’une maladie bien identifiée, dont la nature peut être diverse : congénitale, infectieuse, musculaire, métabolique, neurologique ou tissulaire.
Dans 70% des cas, ce symptôme est isolé.
La déviation de la colonne vertébrale est le seul signe apparent de la maladie. On l’appelle alors « scoliose idiopathique ».
- Elle survient chez 5‰ des enfants d’âge scolaire, elle se développe au rythme de la croissance par torsion de la colonne vertébrale dans les 3 dimensions de l’espace,
- elle peut entraîner des déformations morphologiques sévères, des troubles fonctionnels redoutables et avoir un lourd retentissement psychologique pendant toute la vie.
Diagnostic
La « bosse du dos » d’un côté, lorsqu’on fait pencher l’enfant en avant, permet de faire précocement le diagnostic de scoliose.
C’est un signe que toutes les mamans doivent connaître et rechercher. Il impose immédiatement un examen radiographique de la colonne vertébrale.
Evolution
Plus la maladie apparaît tôt, plus elle risque d’évoluer sérieusement.
Pourtant, certaines formes restent stables ou même régressent spontanément.
Il n’existe pas actuellement de signe qui permette avec certitude de prévoir son évolution lors de son dépistage.
Toutes doivent donc faire l’objet d’une surveillance périodique rigoureuse – particulièrement au stade prépubertaire qui est une période de croissance rapide de la colonne vertébrale.
Traitement
Le traitement orthopédique par corset, appliqué aux formes évolutives, est contraignant et doit être longtemps poursuivi.
Le traitement chirurgical qui consiste à souder entre elles les vertèbres après avoir redressé la colonne déviée est réservé aux cas les plus sévères.
La correction de la courbure et sa stabilisation se font ainsi au prix de la suppression de la mobilité du segment opéré.
La scoliose idiopathique est une maladie mystérieuse.
Les questions que nous nous posions à son sujet il y a 50 ans sont toujours sans réponse :
- Quelle est la cause ou quelles sont les causes de la scoliose idiopathique ?
- Qu’est-ce qui en détermine le sens et la localisation ?
- Pourquoi survient-elle 7 fois sur 10 chez la fille ?
- Pourquoi certaines formes sont-elles plus évolutives ?
- Quel est son mécanisme d’évolution au niveau de toutes les composantes de la colonne
vertébrale, vertèbres, disques et ligaments ?
- Existe-t-il des microlésions à ce niveau ?
- Y a t-il des anomalies neurologiques, de l’équilibre, métaboliques, endocriniennes ou
autres associées ?
- Quel est la part du facteur génétique ?
En 2 ans 28 projets de recherche en provenance du Canada, de Chine, d’Egypte, des États-Unis, de France, de Grande-Bretagne et du Japon sont parvenus à la Fondation.
4 d’entre eux ont été sélectionnés et pris en charge dans le Programme 2000. Leur état d’avancement après un an de travail vient de vous être présenté.
3 autres seront soutenus par la Fondation dans le cadre de son programme 2001.
Ils sont complémentaires des premiers.
Le sujet et les étapes vous en ont été exposés.
Je veux dire à tous nos chercheurs la confiance et l’espoir que nous mettons dans leurs travaux.
Sur le plan relationnel, la Fondation a largement développé son action au cours des années
2000 et 2001.
- Elle s’est manifestée dans les milieux scientifiques spécialisés du monde entier.
- Son site internet a été fréquemment consulté en France et à l’étranger.
- Elle s’est fait connaître par la presse, la télévision et des manifestations culturelles ; « l’Après-midi à Chantilly » organisée en juin dernier a réuni plus de 450 participants.
- Un courrier de plus en plus abondant, en provenance de familles concernées ou sympathisantes, parvient régulièrement au secrétariat de la Fondation. Il témoigne, parfois de façon émouvante, de l’intérêt qu’elle suscite.
Le 21 novembre 2000 a été créée aux Etats-Unis une filiale de la Fondation de l’Institut de France. Son siège est à Memphis, Tennessee.
Mesdames, Messieurs,
Nous voulons contribuer à mobiliser à travers le monde les ressources, les énergies et les compétences.
Avec les moyens d’exploration de plus en plus perfectionnés dont elle dispose aujourd’hui, la recherche doit être menée tous azimuths, à la fois pluridisciplinaire et internationale.
La maladie n’a pas de frontière, la recherche non plus.
Il faut qu’elle cerne cette maladie mystérieuse qu’est la scoliose idiopathique par des pistes spécifiques convergentes.
Il faudra ensuite en rassembler les résultats pour élargir le champ de vision de chaque équipe et avancer tous ensemble.
Contribuer à démembrer, prévoir et prévenir la scoliose idiopathique, c’est l’objectif ambitieux et la mission que s’est donné la Fondation de l’Institut de France. Le montant des subventions pour les programmes 2000 et 2001 est de 5,5 millions de francs.
La scoliose idiopathique… Pourquoi ? Comment ?
A ces questions que nous posent les parents et les enfants avec leurs grands yeux anxieux, nous ne savons toujours pas répondre.
Il ne faut plus tarder, mais agir aujourd’hui.
Nous voulons vous associer à cette action.
Le nombre de donateurs qui était de 33 en octobre 2000 est aujourd’hui de 136.
Ils seront conviés chaque année à la séance solennelle de la Fondation qui présente l’état d’avancement des travaux de recherche qu’elle soutient.
Nous voulons avancer plus vite et aller plus loin.
Merci de le dire autour de vous.
Merci de nous aider.